Sommaire
  1. L’ordre des décisions, en un tableau
  2. 1. Le nom : libre avant d’être joli
  3. 2. Vérifier et déposer avant d’imprimer
  4. 3. Le logo : lisible du ticket de caisse à l’enseigne
  5. Faire soi-même, avec un graphiste ou avec un outil
  6. 4. Couleurs et typographie de la carte
  7. 5. Une charte d’une page, pour tous les supports
  8. Par où commencer selon votre situation
  9. Les dossiers voisins

En bref

L’identité d’un restaurant se décide dans un ordre : un nom libre, puis un logo lisible du ticket de caisse à l’enseigne, puis deux ou trois couleurs et une typographie de carte, enfin une charte d’une page pour tous les supports. Rien ne s’imprime avant que le nom soit vérifié et déposé.

Ce dossier s’adresse à la personne qui ouvre un restaurant, un café ou un bar, à celle qui reprend une affaire et à celle qui prépare la refonte de son image sans tout casser. Il suit l’ordre dans lequel les décisions se prennent : chaque étape s’appuie sur la précédente, et chaque section renvoie au guide qui la détaille. Vous ferez une partie du travail vous-même, une autre avec un graphiste ou un outil en ligne ; dans les deux cas, ce sont vos choix et vos vérifications qui comptent.

L’ordre des décisions, en un tableau

Une identité visuelle de restaurant, c’est l’ensemble des éléments qui rendent votre établissement reconnaissable sans lire son adresse : le nom, le logo, la palette de couleurs, la typographie de la carte, le style photographique, le ton des textes, jusqu’à la décoration intérieure. On parle aussi d’identité graphique ou d’image de marque. Le vocabulaire du branding de restaurant en fait une création ; pour le restaurateur, c’est surtout une suite de décisions, dont certaines coûtent cher si on les prend dans le désordre.

Son rôle est concret : attirer le client qui passe devant la façade ou fait défiler une fiche Google, lui dire en un coup d’œil quel type de cuisine et quelle gamme de prix l’attend, puis le reconnaître quand il revient sur votre site internet ou vos réseaux sociaux. Un bistrot de quartier et une table haut de gamme n’envoient pas le même signal, et c’est ce positionnement que l’identité rend visible avant la première bouchée.

Étape Ce qu’on décide Ce qu’on vérifie avant de passer à la suite Supports concernés Le guide qui détaille
1. Le nom Un nom court, dicible, lié au concept Test du téléphone et de la rue Tous Trouver un nom de restaurant original (section 1)
2. Les vérifications Le nom est libre Marques en classe 43, noms commerciaux et enseignes, domaine, comptes sociaux ; dépôt à l’INPI Tous Section 2, et le guide du nom de bar pour un bar
3. Le logo Le signe et ses versions Lisible en petit (tampon, avatar) et de loin (enseigne) Enseigne, carte, fiche Google, réseaux, tickets Section 3 ci-dessous
4. Couleurs et typographie Deux ou trois couleurs, deux polices Contraste sur papier et en salle tamisée Carte, ardoises, site Section 4 et le guide de conception de la carte
5. La charte Une page qui fixe tout Les fichiers sont récupérés et les droits cédés par écrit Imprimeur, enseigniste, réseaux Section 5 ci-dessous

Quelques repères chiffrés pour cadrer le travail :

190 €
pour déposer votre nom en une classe à l’INPI (2026)
10 ans
de protection, renouvelables
720 × 720 px
le logo recommandé par Google pour la fiche d’établissement
9 m
de lecture environ par 2,5 cm de hauteur de lettre

Le dernier repère vient du critère de lisibilité des panneaux routiers américains, retenu par l’administration fédérale des routes des États-Unis (FHWA) : 30 pieds, soit 9 mètres, de distance de lecture par pouce, soit 2,5 cm, de hauteur de lettre. Ce n’est pas une norme d’enseigne en France, mais c’est un ordre de grandeur utile : des lettres de 10 cm se lisent jusqu’à 35 mètres environ dans de bonnes conditions, moins de nuit ou avec une police fine.

1. Le nom : libre avant d’être joli

Tout part du nom. Le logo le dessine, l’enseigne l’affiche, la fiche Google et les réseaux le reprennent, la carte le porte en tête. Un nom changé après l’ouverture oblige à tout refaire, et à perdre au passage les avis accumulés.

Un bon nom de restaurant se dit facilement, raconte votre cuisine ou votre lieu, et n’appartient à personne d’autre. Nous conseillons de partir du concept (type de cuisine, ambiance, clientèle) plutôt que d’une liste toute faite, d’aligner 20 à 30 pistes, puis de les réduire à cinq avec des tests simples : le nom se comprend-il au téléphone ? Se lit-il depuis l’autre trottoir ? Tient-il sur un tampon ? Vieillira-t-il avec votre carte ?

Notre guide pour trouver un nom de restaurant original et vérifier qu’il est libre détaille la méthode pas à pas, propose des idées classées par registre (jeu de mots, chaleureux, chic, régional, italien, rigolo) et montre, décisions de justice à l’appui, ce que coûte un nom déjà pris.

Pour un bar, les règles sont un peu différentes : les marques de bières (classe 32), de vins et spiritueux (classe 33) s’ajoutent à celles des services de bar (classe 43), et l’enseigne tombe sous les règles de publicité pour l’alcool du Code de la santé publique. Notre guide nom de bar : idées par style et pièges juridiques les passe en revue, avec des idées par type de bar.

2. Vérifier et déposer avant d’imprimer

C’est l’étape que la plupart des guides sur l’identité visuelle d’un restaurant oublient, et c’est la plus coûteuse à rater. Avant de commander un logo, des cartes ou une enseigne, faites quatre vérifications :

  1. Les marques déposées. Sur TMView, l’outil gratuit de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle, et sur la base des marques de l’INPI : le nom exact et ses variantes proches à l’oreille, en classe 43 (services de restauration), et en 29, 30, 32 ou 33 si vous vendez des produits à votre nom.
  2. Les noms commerciaux et enseignes. L’article L711-3 du Code de la propriété intellectuelle (version en vigueur depuis le 15 décembre 2019) range parmi les droits antérieurs la dénomination sociale, le nom commercial, l’enseigne et le nom de domaine dont la portée n’est pas seulement locale. Cherchez dans l’annuaire des entreprises de l’État et sur les cartes en ligne de votre ville.
  3. Le nom de domaine. Le .fr suit la charte de nommage de l’Afnic (version du 6 juillet 2026) : lettres, accents compris, chiffres et tiret, 63 caractères au plus, attribution au premier arrivé.
  4. Les comptes sociaux et la fiche Google. Un homonyme actif dans votre zone mélangera les clients et les avis.

Une fois le nom validé, déposez-le comme marque. Le dépôt en ligne coûte 190 € pour une classe et 40 € par classe supplémentaire (redevances de l’INPI pour 2026) et protège le nom dix ans, renouvelables. Après la publication de la demande, les titulaires de droits antérieurs ont deux mois pour former opposition. L’INPI ne vérifie pas la disponibilité à votre place.

Gardez une trace de chaque recherche : une capture d’écran datée de TMView, de l’annuaire des entreprises et du registre de domaines. Si un litige survient des années plus tard, elle montre ce qui existait le jour de votre choix. Gardez aussi le récépissé du dépôt et notez la date de renouvellement de la marque dans votre agenda : une marque non renouvelée au bout de dix ans redevient disponible pour n’importe qui.

Ce que coûte l’impasse : le tribunal judiciaire de Lyon a condamné le 9 avril 2024 un restaurant qui utilisait comme enseigne et comme nom de domaine un mot identique à une marque déposée en classe 43. Il a dû payer 44 738 € de dommages-intérêts et cesser d’utiliser le nom et le site sous trois mois, sous astreinte de 100 € par jour de retard.

3. Le logo : lisible du ticket de caisse à l’enseigne

Le logo d’un restaurant ne vit pas sur un écran d’ordinateur, là où on le dessine. Il vit en grand sur la façade, en moyen sur la carte, en tout petit sur un ticket de caisse, un tampon de sac ou la photo de profil ronde d’un compte Instagram. Ce que le client voit en premier, c’est une forme et une couleur ; le détail ne se lit que de près.

Tampons à lettres en bois et leur empreinte à l'encre noire sur un papier orangé
Sur un tampon, les traits fins disparaissent : le logo se teste à cette taille avant d’être validé. · Photo: Tampons et empreinte à l'encre, Eva Bronzini, Pexels License

D’où une règle simple de design : un logo de restaurant se juge en petit avant de se juger en grand. Cette contrainte technique compte plus que le style. Demandez, ou préparez, plusieurs versions du même signe :

  • une version principale, celle de l’enseigne et de la carte ;
  • une version carrée ou ronde, pour la fiche Google, les réseaux et les tampons ;
  • une version monochrome, en noir et en blanc, pour le ticket de caisse, la gravure, le pochoir sur une vitrine ;
  • une version horizontale si le nom est long, pour une enseigne en bandeau ou l’en-tête d’un site web.

Ces quatre éléments sont nécessaires dès l’ouverture : les créer plus tard, dans l’urgence d’une commande d’enseigne ou d’un premier post, donne presque toujours un logo déformé.

Le test sur cinq supports, à faire avant de valider :

Support Taille à laquelle tester Ce qui casse
Ticket de caisse ou tampon Largeur de 3 à 4 cm, en noir seul Les traits fins disparaissent, les lettres se collent
Photo de profil ronde Une vignette de la taille d’un ongle sur un téléphone Le nom devient illisible : seul un symbole ou une initiale tient
Fiche Google Logo carré de 720 × 720 px recommandé, 250 × 250 px au minimum (aide de Google) Un logo très horizontal est réduit et perd son nom
Carte Imprimé en tête, sur votre papier réel Une couleur claire disparaît sur un papier crème
Enseigne vue de la rue À la distance du trottoir d’en face Une police fine ou un détail graphique se perd ; comptez environ 9 m de lecture par 2,5 cm de lettre

Un mot sur le pictogramme. Beaucoup de logos de restaurant associent le nom à un petit dessin : une fourchette, une toque, une feuille, un poisson. Le pictogramme aide sur les petits formats, où il remplace le nom illisible, à condition d’être simple et propre à votre maison. Une fourchette croisée d’un couteau se retrouve sur des milliers de cartes de visite et ne vous rend pas reconnaissable ; un détail tiré de votre lieu (la forme d’une fenêtre, l’initiale du nom, un objet de la salle) fonctionne mieux. Ce qu’il faut retenir : si le pictogramme peut être retiré sans que personne ne le regrette, il n’est pas nécessaire.

Pour un restaurant gastronomique, la sobriété fonctionne : un nom bien composé, une seule couleur, un signe discret qui se grave ou se gaufre. Pour un café, une boulangerie ou une pâtisserie, les codes du métier comptent davantage (la tasse, l’épi, le four) ; nous leur consacrerons des guides dédiés dans ce dossier.

Faire soi-même, avec un graphiste ou avec un outil

Le choix dépend surtout du temps dont vous disposez, de votre budget marketing et du nombre de supports à produire. Un food truck ou un petit café qui n’a besoin que d’un avatar, d’une ardoise et d’un tampon peut s’en sortir seul avec un bon modèle ; un restaurant qui commande une enseigne lumineuse, des cartes imprimées et une vitrine gravée a intérêt à faire appel à un professionnel, parce que chaque erreur se paie en fabrication.

Les trois voies se valent si vous arrivez avec un nom vérifié et un concept écrit. Avec un outil en ligne, vous partez d’un modèle que d’autres établissements utilisent aussi : vérifiez que le résultat ne ressemble pas au logo d’un voisin. Avec un graphiste restaurant ou un graphiste culinaire, qu’il travaille en freelance ou dans une équipe, donnez-lui le nom, le concept en trois lignes, vos supports (la liste du tableau ci-dessus) et deux ou trois établissements dont vous aimez l’image, sans demander de les copier.

Dans tous les cas, récupérez en fin de travail :

  • les fichiers vectoriels (SVG, PDF ou EPS), qui s’agrandissent sans perte pour l’enseigne ;
  • des PNG à fond transparent en plusieurs tailles, pour le site et les réseaux ;
  • les codes des couleurs et le nom des polices ;
  • une cession écrite des droits d’auteur. L’article L131-3 du Code de la propriété intellectuelle exige que chacun des droits cédés fasse l’objet d’une mention distincte et que leur exploitation soit délimitée en étendue, en destination, en lieu et en durée. Sans cet écrit, le logo que vous avez payé n’est pas forcément à vous.

4. Couleurs et typographie de la carte

Les couleurs d’un restaurant se choisissent pour être lues, pas seulement pour plaire. Deux ou trois couleurs suffisent : une couleur sombre pour le texte, lisible sur papier et en salle tamisée ; une couleur de signature, celle qu’on reconnaît sur l’enseigne et les réseaux ; éventuellement une couleur claire de fond. Au-delà, chaque nouveau support en ajoute une et l’ensemble se brouille.

Cartes de restaurant dans des protège-menus en cuir posées sur une table dressée à nappe blanche
La carte est le support que le client lit le plus longtemps : contraste et typographie s’y jugent à la lumière du service. · Photo: Cartes posées sur une table dressée, Eugenia Remark, Pexels License

Le contraste se teste en conditions réelles. Imprimez une page de carte sur le papier prévu et lisez-la à la lumière du service du soir : un gris clair sur crème, élégant à l’écran, devient illisible à une table éclairée par une bougie. Même chose pour l’ardoise et le tableau du menu du jour, lus à plusieurs mètres.

Pensez aussi à la salle : la palette de couleurs se retrouve dans la décoration intérieure, les nappes, la vaisselle, l’éclairage. Une couleur de signature qui jure avec les murs du restaurant perd son effet. Nul besoin de tout repeindre : choisir une couleur déjà présente dans le lieu (le bois du comptoir, le vert d’une banquette) assure la cohérence entre l’expérience en salle et ce que le client a vu en ligne.

Côté typographie, deux polices font le travail :

  • une police de titre, qui porte le caractère du lieu (une serif classique pour une brasserie, une linéale ronde pour un café, une écriture manuscrite pour une crêperie), utilisée pour le nom des rubriques ;
  • une police de texte, sobre et lisible en petit, pour les plats, les descriptions et les prix.

La carte est le support que le client lit le plus longtemps : c’est là que l’identité se juge vraiment. La construction de la carte (nombre de plats, ordre, prix, mise en page) se traite dans notre guide pour concevoir la carte de son restaurant, et l’ensemble du sujet dans notre dossier sur la carte et le menu, présenté en bas de page.

5. Une charte d’une page, pour tous les supports

Une charte graphique de restaurant n’a pas besoin de faire trente pages. Une seule page suffit, que vous remettez à toute personne qui fabrique quelque chose à votre nom : l’imprimeur des cartes, l’enseigniste, la personne qui publie sur les réseaux, le prestataire du site web.

Mains qui désignent des échantillons de couleurs disposés en grille sur une table
Deux ou trois couleurs suffisent : la charte les fixe, avec leurs codes, pour tous les supports. · Photo: Choisir ses couleurs parmi des échantillons, Helena Lopes, Pexels License

Sa mission tient en une phrase : que n’importe quel membre de l’équipe, ou un prestataire qui ne connaît pas le lieu, produise un support fidèle sans vous appeler. Elle contient :

  • le logo et ses versions (principale, carrée, monochrome), avec la marge à laisser autour et la taille minimale ;
  • les couleurs, avec leurs codes pour l’impression et pour l’écran ;
  • les deux polices et leur usage (titres, texte) ;
  • deux exemples posés : une page de carte et un post pour les réseaux sociaux, avec l’image et le texte ;
  • deux lignes sur le ton des textes (tutoiement ou vouvoiement, longueur des descriptions de plats) et sur le style des photos (lumière naturelle, fond de table, plats vus de dessus ou de trois quarts).

Dans le vocabulaire du graphisme, ces choix forment la direction artistique, l’univers visuel du lieu : la ligne qui fait qu’un post Instagram, une affiche de menu du jour et la signalétique des toilettes semblent sortir de la même maison. Elle n’a rien d’un luxe d’entreprise : c’est elle qui évite que chaque nouveau support de communication, créé dans l’urgence entre deux services, invente un style différent.

La photographie culinaire fait partie de l’identité au même titre que le logo : des photos prises toujours à la même lumière et sur la même table se reconnaissent dans un fil Instagram ou sur une fiche Google. Le sujet est traité dans notre dossier pour se faire connaître, présenté en bas de page.

Ce qu’il faut retenir : la charte sert surtout à dire non. Non à une couleur ajoutée par l’imprimeur, non à un logo étiré pour remplir un bandeau, non à une police de plus sur l’ardoise. C’est elle qui garde votre établissement reconnaissable, d’un point de contact à l’autre.

Par où commencer selon votre situation

  • Si vous ouvrez votre premier établissement

    suivez l’ordre du tableau, nom d’abord, et ne commandez rien d’imprimé avant le dépôt de la marque.

  • Si vous reprenez une affaire avec son nom

    vérifiez que la cession du fonds inclut bien la marque et le nom de domaine, puis faites les quatre vérifications comme pour un nom neuf.

  • Si vous refaites votre image sans changer de nom

    partez de l’étape 3, gardez ce que vos clients reconnaissent (une couleur, une forme) et testez le nouveau logo sur les cinq supports avant de tout remplacer.

  • Si vous ouvrez un bar

    les classes 32 et 33 s’ajoutent à la 43, et l’enseigne suit les règles de publicité pour l’alcool.

Si votre projet comprend un site web, une carte en ligne ou des menus sur écran, ajoutez ces supports au test de l’étape 3 : un logo trop détaillé devient flou dans l’en-tête d’un site consulté sur téléphone.

Dans tous les cas, gardez une trace datée de vos vérifications (captures d’écran des recherches, date du dépôt) : en cas de litige, elles montrent votre bonne foi au jour du choix.

Les dossiers voisins

L’identité ne s’arrête pas au logo : elle se lit sur la carte, sur la façade, sur Google et jusque dans la façon de faire revenir les clients.

Les dossiers voisins